Qui
point ne sélectionne, échoue !
A Cogito, il nous a souvent fallu déployer des trésors de
persuasion pour convaincre un étudiant de la nécessité de sélectionner
l’information pertinente dans ses cours. « Comment ?,
entendions-nous, vous me demandez à moi, pauvre petit(e) étudiant(e)
ignorant(e) de première année, de trier l’information dispensée par le savant
professeur ?! » D’un mot : oui.
L’idée qu’il faut étudier l’intégralité d’un cours pour
bien le connaître est le fruit d’un problème ou d’un malentendu. D’un problème
lorsque l’étudiant ne comprend pas sa matière et, se trouvant dès lors dépourvu
lorsqu’il s’agit d’identifier l’information pertinente, préfère s’en remettre à
la sécurité et tout étudier, parfois même mot à mot. Échec garanti.
Dans la plupart des cas, l’étude intégrale procède
cependant d’un malentendu, en cela que l’étudiant n’aperçoit pas que ce qu’on lui demande de connaître, ce ne
sont pas des mots, mais des informations. Certes, chez l’humain,
l’information s’exprime toujours par des mots ; mais tous les mots d’une
phrase correctement construite n’ajoutent pas à l’information.
Prenons comme exemple ce bref extrait d’un texte
ironique de Frédéric Bastiat, intitulé La
pétition des marchands de chandelles, dans lequel cet économiste met en
scène des marchands de bougies adressant une pétition à MM. les membres de la
Chambre des députés :
« Nous subissons l'intolérable concurrence d'un
rival étranger placé, à ce qu'il paraît, dans des conditions tellement
supérieures aux nôtres, pour la production de la lumière, qu'il en inonde notre
marché national à un prix fabuleusement réduit; car, aussitôt qu'il se montre,
notre vente cesse, tous les consommateurs s'adressent à lui, et une branche
d'industrie française, dont les ramifications sont innombrables, est tout à
coup frappée de la stagnation la plus complète. Ce rival, qui n'est autre que le
soleil, nous fait une guerre si acharnée, que nous soupçonnons qu'il nous est
suscité par la perfide Albion (bonne diplomatie par le temps qui court !),
d'autant qu'il a pour cette île orgueilleuse des ménagements dont il se
dispense envers nous. Nous demandons qu'il vous plaise de faire une loi qui
ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents,
volets, rideaux, vasistas, oeils-de-boeuf, stores, en un mot, de toutes
ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a
coutume de pénétrer dans les maisons, au préjudice des belles industries dont
nous nous flattons d'avoir doté le pays, qui ne saurait sans ingratitude nous
abandonner aujourd'hui à une lutte si inégale. »
Tâchons, à présent, de sélectionner dans ce texte
l’information pertinente, en la surlignant :
« Nous subissons l'intolérable
concurrence d'un rival étranger placé, à ce qu'il paraît, dans des
conditions tellement supérieures aux nôtres, pour la production de la lumière,
qu'il en inonde notre
marché national à un prix fabuleusement réduit; car, aussitôt qu'il se
montre, notre vente cesse, tous les consommateurs s'adressent à lui, et une
branche d'industrie française, dont les ramifications sont innombrables, est
tout à coup frappée de la stagnation la plus complète. Ce rival, qui n'est
autre que le soleil,
nous fait une guerre si acharnée, que nous soupçonnons qu'il nous est suscité
par la perfide Albion (bonne diplomatie par le temps qui court !), d'autant
qu'il a pour cette île orgueilleuse des ménagements dont il se dispense envers
nous. Nous demandons
qu'il vous plaise de faire une
loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour,
contre-vents, volets, rideaux, vasistas, oeils-de-boeuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures,
trous, fentes et fissures par
lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons, au
préjudice des belles industries dont nous nous flattons d'avoir doté le pays,
qui ne saurait sans ingratitude nous abandonner aujourd'hui à une lutte si
inégale. »
Texte original : 194 mots.
Sélection : 37 mots.
La sélection de l’information pertinente
n’est pas une science exacte ; suivant les matières et selon les exigences
des professeurs, qui fluctuent d’un cours, d’une année sur l’autre, on affûtera
plus ou moins le rasoir de la sélection. Ce dont il est ici question est de la nécessité principielle de procéder à la
sélection, quelle qu’en soit la sévérité. Celui qui mémorise le texte
original de Bastiat devra mémoriser 194 mots ; tandis qu’il n’en reste que
37 à l’étudiant sélectif. Remplacez mots
par pages, et vous aurez compris que
l’enjeu de la sélection n’est pas négligeable !
Un exemple supplémentaire suffira,
gageons-le, à emporter votre conviction. Tel professeur introduit ainsi une liste
d’illustrations : « Nous allons maintenant passer en revue un certain
nombre d’illustrations du phénomène qui vient d’être étudié » — le seul
mot à retenir, dans cette phrase, est « illustrations » (un mot sur
seize) —, viennent ensuite cinq exemples. Mémorisera-t-on les cinq
exemples ? Dans un monde idéal tout de perfection, oui. Mais rien de ce
qui est humain n’est parfait et, dans la réalité concrète d’une période
d’étude, la réponse à cette question est négative : deux illustrations suffiront,
trois si vous disposez du temps requis.
Quant aux modalités de la sélection, comme
indiqué par avant, il vous revient de les déterminer. Chez Cogito, nous
vous conseillons de vous en tenir au principe de simplicité : on ne vous
demande pas de faire de vos cours des œuvres d’art, mais de les connaître. Nous
n’avons jamais hésité à sélectionner directement, au bic et sans latte, dans
nos livres de cours. Accessoirement, vous pouvez mettre en place des codes de
couleur, avec une couleur pour les définitions, une autre pour les exemples,
etc., voire procéder à une réelle mise en page si vous travaillez des notes de
cours à même l’écran. Faites des essais, identifiez la modalité qui vous
convient le mieux, ensuite tenez-vous-y.
La sélection de l’information pertinente est, dans le
supérieur, un passage obligé vers la réussite d’une session d’examens. Souvenez-vous en en cette période de blocus ;-)

Dans un article précédent, "Faut-il écrire pour mémoriser ?", vous avez écrit: "Alors, quelle solution pour la mémorisation ? J'y reviendrai !"
RépondreSupprimerDès lors, comment mémoriser efficacement les informations pertinentes retenues ?
Aussi, lorsqu'il s'agit de notes de cours qui peuvent rapidement s'accumuler et constituer des dizaines de pages (par matière), ne faut-il pas résumer (synthétiser ou ficher) l'ensemble de ces informations pour pouvoir ensuite gérer un volume d'informations plus raisonnable ?
Merci d'avance, et continuez à enrichir votre blog d'articles, ils sont très instructifs !